koridwenn Être Sylvain


Inscrit le : 10 Nov 2007 Messages : 3022
| Sujet: se comparer Mer 5 Déc - 23:38 | |
| est ce une bonne chose de se comparer aux autres? pour moi je pense que c est une source de reperes pour se situer soi meme... mais cela peut generer un sentiment d injustice (quand on se trouve moins bien qu eux)et donc de la tristesse... qu en pensez vous? |
|
Ma'at Webmaster

Inscrit le : 04 Nov 2007 Messages : 871
| Sujet: Re: se comparer Mer 5 Déc - 23:50 | |
| Je ne dirai pas exactement "se comparer", mais plutôt... évaluer les qualités et défauts des autres, afin d'en tirer le meilleur pour nous même. L'admiration est une bonne chose par exemple, car elle nous donne un objectif à atteindre -> ressembler au sujet admiré. Par contre, quand elle est excessive, elle est néfaste, car ça devient une obsession et on ne vit plus que par ça, voire après on perd totalement les pédales, car on ne sait plus distinguer qui on est de qui on voudrait devenir. Donc de manière générale, je pense que tout est dans un bon dosage. Il faut savoir équilibrer les choses, puiser là où il faut, quand il le faut, et surtout ne pas tomber dans l'excès. _________________ >> gaya.forum@live.fr <<
"L'homme n'est pas une espèce naturelle : c'est une idée historique." (Merleau-Ponty) |
|
Ma'at Webmaster

Inscrit le : 04 Nov 2007 Messages : 871
| Sujet: Re: se comparer Ven 7 Déc - 21:08 | |
| Tiens, j'ai trouvé pas mal de trucs qui vont dans le sens du sujet.
"En tant qu'objet temporo-spatial du monde, en tant que structure essentielle d'une situation temporo-spatiale dans le monde, je m'offre aux appréciations d'autrui [...]. Être regardé, c'est se saisir comme objet inconnu d'appréciations inconnaissables, en particulier, d'appréciations de valeur. Mais, précisément, en même temps que, par la honte ou la fierté, je reconnais le bien fondé de ces appréciations, je ne cesse pas de les prendre pour ce qu'elles sont : un dépassement libre du donné vers des possibilités. Un jugement est l'acte transcendantal d'un être libre. Ainsi, être vu me constitue comme un être sans défense pour une liberté qui n'est pas ma liberté. C'est en ce sens que nous pouvons nous considérer comme des "esclaves", en tant que nous apparaissons à autrui. Mais cet esclavage n'est pas le résultat - historique et susceptible d'être surmonté - d'une vie à la forme abstraite de la conscience. Je suis esclave dans la mesure où je suis dépendant dans mon être au sein d'une liberté qui n'est pas la mienne, et qui est la condition même de mon être." Sartre, L'Être et le Néant.
Et voici mon cours par rapport à ce texte (dont j'ai emputé la première partie qui est en fait la même chose que celle que j'ai cité, mais en moins clair).
Conscience de soi et regard Sartre à la suite de Hegel montre l'importance du rapport à autrui sous l'angle de la théorie du regard, d'après laquelle autrui a sur moi un point de vue auquel par principe, je ne puis jamais accéder car "autrui me boit comme jamais je ne me verrai" donc il possède un secret sur moi. Par conséquent, vu de l'extérieur, je ne suis qu'une image pour autrui, dans laquelle il cherche à me réduire (cherche à m'enfermer dans une définition arrêtée), donc il cherche à me connaître en ayant de moi une vision simplificatrice et définitive. De mon côté, je refuse d'adhérer à cette image car je sais que je ne me réduis pas à ce que l'autre voit de moi, car je peux toujours choisir de nouveaux projets (et donc surprendre autrui et ne pas me conformer à ce qu'il s'imaginait de moi). C'est en ce sens que la relation à autrui et de à moi-même sera fondalementalement conflicutelle [...].
Voilà qui résume assez bien les choses. Se comparer aux autres peut être utile dans le développement personnel de soi, mais il faut bien comprendre qu'accorder trop d'importance à l'opinion d'autrui ne sert à rien, puisqu'autrui a déjà une image fausse de moi.
Un autre extrait de L'Être et le Néant, que j'aime beaucoup 
"Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni le blâme, je le vis simplement, je le réalise sur le mode du pour-soi. Mais voici tout à coup que je lève la tête : quelqu'un était là et m'a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j'ai honte. Il est certain que ma honte n'est pas réflexive, car la présence d'autrui à ma conscience, fût-ce à la manière d'un catalyseur, est incompatible avec l'attitude réflexive : dans le champ de ma réflexion je ne puis jamais rencontrer que la conscience qui est mienne. Or autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j'ai honte de moi tel que j'apparais à autrui. Et, par l'apparition même d'autrui, je suis mis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c'est comme objet que j'apparais à autrui. Mais pourtant, cet objet apparu à autrui, ce n'est qu'une vaine image de l'esprit d'un autre. Cette image en effet serait entièrement imputable à autrui et ne saurait me "toucher". Je pourrais ressentir de l'agacement, de la colère en face d'elle, comme devant un mauvais portrait de moi, qui me prête une laideur ou une bassesse d'expression que je n'ai pas ; mais je ne saurai être atteint jusqu'aux moelles : la honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit."
Et voilà également qui met une explication et des mots sur le ressenti du jugement d'atrui. La maxime qui dit "si ça fait mal c'est que c'est vrai", m'ait toujours apparu fausse ou non complète. Sartre l'explique dans cet extrait, ainsir que le ressenti dans ce genre de situation. C'est pourquoi j'aime beaucoup ce passage, il explique pourquoi ça fait mal sans atteindre.
Voilà, voilà! |
|